
Ce soir, je ne suis plus qu'à une cinquantaine de kilomètres de Santiago. Heureusement, car c'est désormais toute la mécanique (pieds, jambes, dos) qui dit que le compte est bon. Ca fait mal partout. Traitement immédiat : deux grosses heures de sieste cet après-midi. Le temps ? Mauvais. De la pluie, encore de la pluie, avec pour seule variante de grosses averses. Pantalon trempé jusqu'aux cuisses. Les rechanges ne sèchent plus, c'est le début de la fin. Le gîte ? Du folklore intégral : 130 places par dortoirs de 16. Il y a de nombreux marcheurs de la dernière heure c'est-à-dire ceux qui viennent pour la Compostela délivrée si l'on a marché au moins 100 km. Certains sont des étudiants, car il paraît que dans le cadre de diverses études, cela rapporte des points supplémentaires aux examens. D'autres sont encore, paraît-il, des fonctionnaires pour lesquels cela peut jouer sur l'avancement. Enfin, j'ai appris récemment que le fait "d'avoir fait" le Camino ètait un bon plus sur les CV ... Chacun ses motivations.
Ce dont je suis personnellement certain, désormais, c'est que le pèlerin est protégé par une bonne étoile. Je laisse à chacun le soin et la liberté de nommer cette étoile, comme il veut. J'y ai très souvent pensé sur le chemin, ne serait-ce qu'en ne considérant que le volet marche. La distance que j'aurai finalement parcourue sera de l'ordre de 1600 km. Cela représentera quelque chose comme 3 millions de pas. Aucun problème avec la très grande majorité d'entre eux. D'autres auront été beaucoup plus difficiles ; enfin, pourquelques dizaines d'entre eux, c'est le danger immédiat qui aura été présent : une roche glissante, une pierre qui roule sous la chaussure, un trotoir plus haut que prévu et que l'on descend en vrac (hier matin), une plaque de fermeture de bouche d'égout sur laquelle je butte (avant-hier),... C'est par dizaines que je pourrais citer les cas à l'issue desquels j'ai dit, "Merci, je l'ai échappé belle". Oui, je témoigne que l'on n'est pas seul sur le Camino.
Et il n'y a pas eu que cela.

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