mercredi 10 juin 2009

DAY 57 (10 juin) FISTERRA - SANTIAGO

Depuis plus d'un mois, une question me revient fréquemment à l'esprit : à quoi pourrais-je comparer le pèlerinage de Santiago, si particulier avec sa durée et l'investissement personnel qu'il engage ? Une réponse m'est venue, et elle m'a beaucoup interpelé : la vie, une vie.
Je trouve bien des similitudes entre les deux. Dans les deux cas, il y a en effet :


. à l'origine, un appel. J'ai été appelé au pèlerinage, j'ai été appelé à la vie. Il n'y a eu aucune programmation de ma part ; un dénuement initial. Au départ, on ne sait rien de ce qui va se passer. On apprend sur le terrain, en avançant, pas à pas, jour après jour. Une attraction vers un but qui ne se laisse pas appréhender facilement, qu'il est même souvent difficile de nommer. Il faut apprendre à faire la différence entre ce qui peut sembler être le but évident, réel, et ce qui n'est parfois qu'un leurre. Qui suis-je ? Où est-ce que je vais ?

. des difficultés sur les deux parcours, avec parfois des accidents. Ca fait mal, mais on continue. Des moments de bonheur et de paix profonde quand il y a rencontre entre celui que l'on est, en vérité, et ce qui est vécu.

. une progression vers quelqu'un : Celui qui m'a créé, Celui que je recherche. Pour moi, ce quelqu'un, je l'appelle Dieu.

Aujourd'hui, 10 juin 2009, je suis devant Lui dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Je prie pour vous tous et je lui dis merci pour tout.

En signe de reconnaissance, je Lui laisserai le dernier mot de mon pèlerinage en disant, à chacun d'entre vous, personnellement,



A DIOS

DAY 56 (9 juin) SANTIAGO - FISTERRA

En route (by bus) vers la Fin de la Terre.

Mais d'abord, messe d'action de grâces à la cathédrale à 7h30.

Il va m'en falloir du temps pour digérer ce qui s'est passé ces deux derniers mois ...

Trois heures de bus pour atteindre la ville de Fisterra (en galicien), Finisterre (en espagnol) et Finis Terrae (en latin).

Le bout du monde, comme on le croyait dans l'antiquité, que l'on ne pouvait atteindre qu'en osant passer les Colonnes d'Hercule (Gibraltar) et en prenant de gros risques à naviguer sur la Mare Tenebrosum ou Mer des Ténèbres (l'Atlantique).

J'ai eu la chance, dans ma vie, d'aller le plus loin possible vers l'ouest, la Californie ; vers l'est, le Japon ; le Nord, la presqu'île de Mourmansk en Russie ; le sud, le Cap de Bonne Espérance. Mais, la terre étant ronde, il n'y a pas de point ultime. Par contre, le Cabo Finisterre est vraiment un point mythique, et je suis heureux d'y être aujourd'hui.

Etant finistérien d'origine, il m'était impossible de ne pas y aller. Mon chauvinisme de breton me fait dire que si le Cabo Finisterre est beau (belle forme générale, belle roche, pentes raides vers la mer), il ne soutient pas la comparaison avec ma chère Pointe du Raz. J'atteins l'extrémité du cap après une toute petite marche de 3 km. Ca dérouille les jambes.

A ce stade, je suis surpris par la convergence de divers faits :
- mes batteries personnelles sont à plat. Je n'en peux plus.
- les batteries de ma balise Argos sont également à plat et clignotent au rouge. C'est pour cette raison que je ne la fais plus fonctionner que par intermittence.
- la batterie de mon téléphone est au mini, or je ne peux plus la recharger parce que le chargeur m'a lâché il y a deux jours.
- la carte mémoire de l'appareil photographique est pleine.
- au Cabo Finisterre, je butte contre la mer. Elle est devant moi, à droite, à gauche. Que faire ?
Plus rien d'autre que de rentrer à la maison, après un dernier passage à Santiago.

Le temps de prendre cette décision et de revenir à Fisterra, le temps s'est totalement dégradé. Alors qu'il a été clément toute la journée, en fin d'après-midi il tourne à la tempête avec des vents forts en rafales et des pluies abondantes. Un véritable arrosage de départ.
Personne dans les rues ; ça se comprend facilement : on se fait complètement rincer en 5 minutes.

DAY 55 (8 juin) PEDROUZO - SANTIAGO (21 km)

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Et voilà. C'est fait. J'y suis !

Première chose à faire : aller à la cathédrale. C'est bien ce point qui est le but ultime de ma longue (dé)marche.

Pas d'exubérance mais une grande satisfaction, un bonheur profond. J'ai souri en moi-même quand j'ai appelé Loïc pour lui faire part de mon arrivée et qu'il m'a demandé "Mais quand tu es parti, tu pensais vraiment aller jusqu'au bout ?"

Réponse immédiate : "Oui, bien sûr ! Ne pas aller jusqu'au bout n'est pas dans ma nature, ça ne m'intéresse pas".

J'aurais aimé assister à une messe aujourd'hui, mais il n'y en a pas l'après-midi. Ce sera pour demain matin. Il suffira de se lever un peu plus tôt.

J'ai trouvé une pension pas chère, propre, sympa, en plein centre ville.

J'ai ma Compostela, au nom de Ludovicum Tanguy. Funny.

Je dois vous rapporter une certaine coïncidence, interpellante pour moi. Devinez quel est le premier texte proposé aujourd'hui pour la prière du matin. Tout simplement le psaume 41 " Comme un cerf altéré cherche l'eau, ainsi mon âme te cherche toi mon Dieu" avec comme introduction, quelle parole extraite de la Bible ? "Le Seigneur, ton Dieu, t'a fait connaître la pauvreté, il t'a fait sentir la faim ..." Ca ne vous dit rien ? Si réponse négative, voir mes motivations initiales ...
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lundi 8 juin 2009

Santiago de Compostella


Messages à destination de nos Pèlerins,

Message pour Louis de la part des Touzard.
Nous découvrons ton blog seulement aujourd'hui. On voit très bien où tu es. Tu as donc vu le beau village de Cebreiro. On comprend que tu sois
fatigué...Te voila dans le vert et gris de la Galice. Bientôt les eucalyptus et... Monte de Gozo, Montjoie! Bon courage jusqu'au bout

Anne et Hubert

dimanche 7 juin 2009

DAY 54 (7 juin) MELIDE - PEDROUZO/ARCA DO FINO (36 km)


Quel temps, mais alors quel temps ! Si j'avais sous la main celui qui a dit qu'il fait toujours beau en Espagne ... J'ai appris que Santiago est la ville la plus arrosée d'Espagne. J'ai toutes les raisons de le croire.
Ce soir, je suis à seulement 21 km de Santiago. Avec un petit coup de rein supplémentaire, j'aurais pu y arriver aujourd'hui. Mais ça n'aurait pas cadré avec ma conception du pélé. J'y serais arrivé fatigué, vidé. Or, quand on est vidé, il n'y a plus d'intériorité possible. Demain, les derniers kilomètres seront parcourus facilement. Je pourrai donc goûter le joie de ces centaines de milliers de pèlerins qui ont enfin découvert, dans le lointain, la vue sur la ville à laquelle ils ont tant pensé. Il y a des choses que l'on n'a pas le droit de gâcher. Puis ce sera l'arrivée à la cathédrale. Donc, repos pour terminer la journée, pour mise en forme physique, psychologique et spirituelle.

Adios.

DAY 53 (6 juin) VENTAS DE NARON - MELIDE (28 km)


Ce soir, je ne suis plus qu'à une cinquantaine de kilomètres de Santiago. Heureusement, car c'est désormais toute la mécanique (pieds, jambes, dos) qui dit que le compte est bon. Ca fait mal partout. Traitement immédiat : deux grosses heures de sieste cet après-midi. Le temps ? Mauvais. De la pluie, encore de la pluie, avec pour seule variante de grosses averses. Pantalon trempé jusqu'aux cuisses. Les rechanges ne sèchent plus, c'est le début de la fin. Le gîte ? Du folklore intégral : 130 places par dortoirs de 16. Il y a de nombreux marcheurs de la dernière heure c'est-à-dire ceux qui viennent pour la Compostela délivrée si l'on a marché au moins 100 km. Certains sont des étudiants, car il paraît que dans le cadre de diverses études, cela rapporte des points supplémentaires aux examens. D'autres sont encore, paraît-il, des fonctionnaires pour lesquels cela peut jouer sur l'avancement. Enfin, j'ai appris récemment que le fait "d'avoir fait" le Camino ètait un bon plus sur les CV ... Chacun ses motivations.
Ce dont je suis personnellement certain, désormais, c'est que le pèlerin est protégé par une bonne étoile. Je laisse à chacun le soin et la liberté de nommer cette étoile, comme il veut. J'y ai très souvent pensé sur le chemin, ne serait-ce qu'en ne considérant que le volet marche. La distance que j'aurai finalement parcourue sera de l'ordre de 1600 km. Cela représentera quelque chose comme 3 millions de pas. Aucun problème avec la très grande majorité d'entre eux. D'autres auront été beaucoup plus difficiles ; enfin, pourquelques dizaines d'entre eux, c'est le danger immédiat qui aura été présent : une roche glissante, une pierre qui roule sous la chaussure, un trotoir plus haut que prévu et que l'on descend en vrac (hier matin), une plaque de fermeture de bouche d'égout sur laquelle je butte (avant-hier),... C'est par dizaines que je pourrais citer les cas à l'issue desquels j'ai dit, "Merci, je l'ai échappé belle". Oui, je témoigne que l'on n'est pas seul sur le Camino.

Et il n'y a pas eu que cela.

DAY 52 (5 juin) SARRIA - VENTAS DE NARON (34 km)


Un grand plaisir ce matin : voir mon compteur kilométrique "distance restant à parcourir" passer de 3 à 2 chiffres. Que je le veuille ou non, j'ai beau ne pas être là pour la performance sportive ... il n'empêche que de voir que j'approche si près du but, ça fait quelque chose. Heureusement car la fatigue est bien là. Elle le fait savoir régulièrement. En fait, je m'en suis aperçu lors de la descente des Monts du Leon, de la Cruz de Ferro vers El Acebo. Tous les ingrédients nécessaires étaient alors rassemblés : le soleil, la longue montée puis la descente raide, le chemin accidenté, rocailleux, la crispation constante liée à la crainte de tomber, les nombreux kilomètres déjà dans les jambes ... Enfin, il fallait bien que ça arrive, sinon j'aurais pu être accusé de dopage. Ce soir, je suis dans un gîte "à la ferme", au sens le plus immédiat du terme, tant l'odeur de bouse de vache est forte, heureusement, seulement à l'extérieur. Le gîte lui-même est de qualité, moderne et confortable. A recommander.

DAY 51 (4 juin) O CEBREIRO - SARRIA (42 km)

Etape de liaison. Il s'agit de se rapprocher de Santiago. Une bonne et longue occasion pour réfléchir sur le sens de la marche, aujourd'hui, pour moi, pèlerin. Voici un nouvel extrait de Miam-miam Dodo, issu de "Fou de la marche" Jacques Lanzmann - Ed. Robert Laffont.

"Marcher, c'est aller au bout de soi-même tout en allant au bout du monde. C'est redécouvrir l'homme qui prenait ses jambes à son cou lorsque le ciel lui tombait dessus. C'est geler en même temps que les pierres du chemin. Griller au feu du soleil. Partir à l'aube en pleine forme pour revenir sur les genoux en pleine nuit. Marcher, c'est rencontrer des créatures qu'on ne verrait nulle part ailleurs. Marcher c'est aussi aller nulle part sans rencontrer personne. C'est se mettre en vacances de l'existence. C'est exister en dehors des vacances. Marcher, c'est réussir à dépasser son ombre. C'est pouvoir se doubler soi-même en s'envoyant un joli salut au passage. Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ?"

J'aime ce texte.

vendredi 5 juin 2009

DAY 50 (3 juin) VILLAFRANCA DEL BIERZO - O CEBREIRO (34 km)






Finalement, le monstre s'est laissé faire. Il est notoirement moins méchant que son copain de Roncevaux. Il s'agit en fait d'une montée longue, lente et continue avec beaucoup de bitûme sur le trajet. Ce qui fait le plus mal, c'est encore et toujours notre ami le soleil. N'ayant pas vu une bifurcation, j'ai fait fausse route, et cela se paye cash sur le Camino : plus 4 km gratis mais obligatoires, là où ça grimpe le plus, en haut ! On passe, à cet endroit, de la province de Leon à celle de Galice. Si les paysages sont, bien entendu, les mêmes des deux côtés de la "frontière" qu'est la montagne, on note de gros changements au niveau des villages. Celui de O Cebreiro est typique avec ses maisons en pierres, toits en ardoises quand ce n'est pas en chaume. Dans l'église, fini le baroque et ses excès de dorures, c'est le dépouillement ; ça fait du bien. Avec tout cela, je me suis cru transporté instantanément en Bretagne. J'ai perçu, à cette occasion, que j'ai des cousins celtes en Espagne. C'est une chose de le savoir, c'en est une autre que d'en faire l'expérience, concrètement.

Ca y est ! Elle a fini par arriver ! Qui donc ? Mais la fatigue, bien sûr. Pas celle que l'on ressent après une bonne journée d'exercice en plein air. Non, mais celle plus méchante qui s'insinue et attaque toujours aux moments les plus délicats. Je sens désormais que le réservoir d'énergie est presque vide. Les nuits ne suffisent plus pour la récupération. Il va falloir faire plus attention dans les jours qui viennent ; heureusement, il ne reste plus que 160 km environ pour arriver à Santiago. A ce sujet, j'ai établi une liaison radio avec la tour de contrôle de Santiago. J'ai obtenu l'autorisation d'atterrissage pour lundi 8 juin, en milieu de journée. If weather still permiting.

Adios.

DAY 49 (2 juin) EL ACEBO - VILLAFRANCA (42 km)

Aujourd'hui, un seul but : me rapprocher le plus possible du pied du Cebreiro afin de pouvoir attaquer la montée dans de bonnes conditions, tôt demain matin.

Un ajout à mon message d'hier. Je recommande à tout pèlerin de s'arrêter à l'albergue parroquial de El Acebo (juste à côté de l'église). Elle est tenue par Roger qui est vraiment un champion de l'accueil. Il passe son temps à rendre service, sur quel que sujet que ce soit. Merci Roger.

mardi 2 juin 2009

Messages à destination de nos Pèlerins

Cher Louis,
Depuis quatre jours je regarde la carte Léo -Saint Jacques de Compostelle.
J'espère qu'il ne t'es rien arrivé de spécial ?
Où y est-ce ton fils Loïc qui aurait fait un grand pont de Pentecôte ?
A bientôt.
Tu tiens le bon bout.
Tu as bien fait de ne pas prendre l'avion.
Amités de la part de ton vieux copain.
JJ Crepy


(Message du webmaster, oui oui j'ai fait le pont lol)

Il y a quelques jours j’ai enfin pris le temps de découvrir ce blog !
C’est une joie d’avoir le privilège de « faire route » avec toi lois par l’intermédiaire de cet écran !
Promis je t’ajoute quelques mots un peu plus tard mais déjà depuis quelques jours je t’associe à mes prière...
Bonne route !
Mathilde

DAY 48 (1er juin) ASTORGA - EL ACEBO (40 km)

Journée principalement marquée par un échange en profondeur avec des canadiens francophones sur les motivations personnelles pour le pélé à Santiago. Non, ce n'est pas moi qui aie lancé le débat ! Très intéressant, enrichissant. Repas préparé par le responsable du gîte. Un peu folklo le gars, mais sympa. Pb : j'étais sur une table de germanophones (mis à part 2 coréens). Bon. C'est lavie. Demain, lever tardif : impossible de partir avant le petit déjeuner à 7 h.

Il est 20h40, il n'y a plus qu'une seule chose à faire : aller dormir. Buenas noches.

DAY 47 (31 mai) VILLAR DE MAZARIF -ASTORGA (31 km)

Etape de liaison, sous un soleil de plus en plus costaud.En dehors d'atteindre Astorga, mon principal objectif était, en ce dimanche de Pentecôte, de trouver une messe. A Villar de Mazarife ? Impossible avec un départ à 6H20. En cours de route ? Très difficile de tomber au bon moment au bon endroit. Restait Astorga. Et là, merveille. On m'annonce une messe à moins de 200 m du gîte, à 13 h, alors que j'y arrive à 12h20 ! Aurai-je le culot de dire qu'aujourd'hui, pour le première fois de ma vie, j'ai fait 31 km à pieds pour aller à la messe ?

DAY 46 (30 mai) LEON - VILLAR DE MAZARIFE (25 km)






Une toute petite étape. Je veux économiser mes forces pour la traversée des Monts du Leon, dans 3 jours, et en particulier la montée à la Cruz de Ferro qui se trouve à 1531 m. Fin de la journée à 10h30. Le soleil cogne dur. Grosse sieste.

DAY 45 (29 mai) LEON - LEON (0 km)

Après la longue journée d'hier : repos. Leon est une ville très agréable, ses monuments sont superbes. Je consacre un bon tiers de la journée rien que pour la cathédrale et son musée ! Seules les photos pourront traduire les beautés de ce qui s'y trouve. Ne pouvant pas disposer de ma chambre pour une seconde nuit, je quitte la pension et me réfugie dans une usine à dormir (150 places) managée par qui ? Des Bénedictines ! Je n'en sortirai vraiment pas, l'accueil est sympa. Voici un texte que je viens de découvrir dans le bouquin "Miam Miam, Dodo" qui est la référence du pèlerin isolé pour l'aider à trouver les gîtes et la nourriture. Il traduit exactement ce que je vis et ressens sur le sujet traité.

Quelques réflexions sur le pèlerinage ... Extrait de "L'art de marcher", Rebecca Solnit - Editions Actes Sud"

... L'idée que le sacré n'est pas absolument immatériel et qu'il existe une géographie du pouvoir spirituel est l'hypothèse au départ du pèlerinage. Tout pèlerinage trace une invisible démarcation entre spiritualité et matérialité, attaché qu'il est à une histoire factuelle et au cadre dans laquelle elle s'est déroulée. S'il s'agit bien d'une quête de spiritualité, elle s'appuie sur des détails très concrets : on se rend sur les lieux de la mort de Bouddha ou de la naissance du Christ, ceux où sont conservées les reliques, où jaillit l'eau miraculeuse. Peut-être aussi l'entreprise vise-t-elle à réconcilier le spirituel et le matériel, car partir en pèlrinage revient à exprimer les désirs et les croyances de l'âme au moyen du corps et de ses mouvements. Le pèlerinage, en effet, unit la foi et l'action, la pensée au faire, et l'on comprend que cette harmonie se réalise quand le sacré est investi d'une présence physique et associé à un lieu déterminé ... Le voyage sans point de destination aurait quelque chose d'aussi inachevé que l'arrivée non précédée d'un voyage. Le pèlerinage est un déplacement physique effectué pas à pas, au prix de rudes efforts, vers ces buts spirituels intangibles si durs à atteindre autrement ... L'image du marcheur qui progresse au long de la route difficile le menant vers quelque lieu lointain compte parmi les représentations les plus convaincantes et les plus universelles de l'être humain : individu solitaire et minuscule en regard de l'immensité du monde, le marcheur ne peut compter que sur sa force et sur sa volonté. Le voyage du pèlerinage est soutenu par l'espoir radieux des bienfaits spirituels qui récompenseront l'arrivée à destination. Chemin faisant, le pèlerin accomplit sa propre histoire, et par là aussi il devient partie intégrante d'une réalité religieuse où l'histoire du voyage est celle d'une transformation ..."

No comment.

DAY 44 (28 mai) SAHAGUN - LEON (56 km)

Non, on ne rigole pas ! Une journée un peu dingue. Initialement, je pensais pouvoir quitter le gîte tenu par les soeurs bénédictines comme partout ailleurs, c'est-à-dire à partir de 6 heures. Le sac sur le dos, je me présente à la porte de sortie à 6h20 : fermée. Je demande à l'hospitalier de service de me l'ouvrir. Non, la règle c'est : départ à 7h, règlement, comme à l'armée. Bon, au lieu d'aller prendre un petit déjeuner au café du coin (d'ailleurs, y en a-t-il beaucoup d'ouverts à cette heure là ?), je remplace le café par de l'eau de ma réserve et les croissants par du chorizoo et des biscuits secs ... Après avoir eu droit à un véritable sermon(age) de la part de l'hospitalier, il finit par me libérer à 6h50. Je m'élance sur le Camino plein de fougue. Objectif : atteindre Reliegos à 30 km. Problème : Reliegos est déjà atteint vers midi. C'est encore un trou perdu ; dommage de m'arrêter si tôt. Je décide, en vol, de poursuivre jusqu'à l'hébergement suivant : Mansilla de Las Mulas, à 6 km. Pas de problème technique car ça baigne, sauf que je fais une grossière erreur de raisonnement ( si seulement il y a eu raisonnement). J'ai pensé seulement en termes techniques et résistance physique, or, aux heures de la journée concernées, il faut raisonner d'une façon primaire "Premier arrivé au gîte, premier servi".

Je le réapprends à mes dépends : le gite de Mansilla de Las Mulas est plein comme un oeuf quand j'y arrive. Une évidence : plus on vient de loin, plus on arrive tard. Pas de place à l'auberge pour moi. Tiens, ça me rappelle une certaine histoire de 25 décembre... Je n'ai pas d'autre solution que de pousser plus loin, encore une tranche supplémentaire de 6 km. Oui mais, quand au bout de quelques kilomètres, je vois un panneau routier indiquant "Leon 14 km", je me dis autant aller à Leon, je pourrai prendre une pension et dormir demain matin avant de visiter la ville.

Voilà comment j'ai marché pendant 11h30 pour couvrir au total 56 km. Je ne vous raconte pas le crash lors de la mise au lit.